L’indice des prix à la production (PPI) de mars publié aux États-Unis n’a pas joué en faveur du dollar. Tous les composants de la publication sont passés dans la « zone rouge », ressortant en deçà des prévisions. Et même si le PPI global a effectivement accéléré (et de façon assez marquée), les traders ont en grande partie ignoré ce fait. De plus, le détail du rapport publié a permis aux acheteurs de l’EUR/USD de tester le seuil des 1,18 pour la première fois depuis la fin février.
Bien entendu, la progression de la paire observée mardi a été principalement alimentée par la géopolitique, et plus précisément par l’interprétation par le marché des récents événements géopolitiques. Toutefois, le rapport sur le PPI a également contribué à renforcer la tendance haussière.
Selon les données publiées, l’indice global des prix à la production (PPI) en rythme mensuel est resté à 0,5 % en mars, à l’encontre des prévisions qui tablaient sur une hausse à 1,2 %. Ce chiffre se maintient à ce niveau pour le troisième mois consécutif. En glissement annuel, le PPI global a accéléré à 4,0 %, son plus haut niveau depuis le printemps 2023. Toutefois, il est également tombé dans la « zone rouge », la plupart des analystes ayant anticipé une hausse plus marquée, à 4,4 %.
Le PPI de base a été la plus grande surprise pour les traders. Contrairement aux attentes, qui misaient sur une progression mensuelle à 0,4 %, cet indicateur a ralenti de façon inattendue à 0,1 %, touchant son plus bas niveau depuis novembre dernier. Une tendance baissière est ainsi enregistrée pour le deuxième mois consécutif. En glissement annuel, le PPI de base est resté au niveau du mois précédent, à 3,8 %, au lieu de monter à 4,2 % comme prévu.
Une fois de plus, l’ensemble des composantes du rapport sont tombées dans la « zone rouge » — y compris le PPI global, qui était attendu en nette hausse sur fond de conflit au Moyen-Orient et de crise énergétique.
Des signaux inquiétants pour le dollar sont également dissimulés dans la structure du rapport. Par exemple, le segment des services dans le PPI a affiché une dynamique nulle. Il s’agit d’un point crucial, car l’inflation dans les services tend à être plus résiliente et est considérée comme une composante plus fondamentale de la dynamique des prix. Un résultat nul indique un ralentissement de la demande intérieure et, par conséquent, une capacité réduite des entreprises à répercuter leurs coûts sur le consommateur final. Tout cela suggère un affaiblissement progressif des pressions inflationnistes à moyen terme.
À en juger par la réaction du marché, les traders avaient intégré dans les prix un rythme d’inflation plus soutenu ; or, les chiffres réels se sont révélés nettement inférieurs aux attentes — par exemple, le PPI global mensuel s’est établi à un niveau plus de deux fois inférieur à celui prévu.
La faiblesse de la dynamique de l’indice de base signale l’absence de pression inflationniste généralisée dans le secteur manufacturier : les hausses de prix restent concentrées dans l’énergie et ne se « traduisent » pas (du moins pour l’instant) par une inflation durable des biens et des services.
Il faut toutefois reconnaître que le rapport PPI de mardi n’a fourni qu’un soutien de fond aux acheteurs de l’EUR/USD. Le principal moteur de la hausse reste la géopolitique.
D’un côté, Donald Trump a fait un pas vers une nouvelle escalade du conflit au Moyen-Orient lundi. Les États-Unis ont officiellement entamé un blocus du détroit d’Ormuz, visant spécifiquement les ports iraniens, le blocus ne s’appliquant qu’aux navires se rendant en Iran ou en provenance de ce pays. De l’autre, aucun rapport ne fait état, au cours des dernières 24 heures, d’arrestations ni, point important, de mesures de rétorsion de la part de l’Iran. Ainsi, malgré le blocus formel du détroit, les hostilités n’ont pas repris et le cessez-le-feu reste en vigueur.
En outre, de nombreux médias internationaux indiquent que l’Iran et les États-Unis communiquent par l’intermédiaire de médiateurs et sont prêts à reprendre les négociations à Islamabad plus tard cette semaine, autour du 16 avril. Plus précisément, Fox News, citant un haut responsable de l’administration Trump, a fait état de « signes sérieux d’un accord proche ».
Par ailleurs, un soutien supplémentaire aux acheteurs de l’EUR/USD est venu du vice-président américain JD Vance, qui a fait mardi une déclaration retentissante selon laquelle les États-Unis « ont atteint leurs objectifs en Iran et peuvent commencer à réduire les opérations militaires ». Il a également plaidé pour une reprise du processus de négociation, affirmant que « la balle est maintenant dans le camp de Téhéran ».
De tels signaux fondamentaux renforcent les anticipations d’une désescalade progressive du conflit au Moyen-Orient. Dans ce contexte, l’intérêt du marché pour les actifs à risque (y compris l’euro) s’est accru, tandis que la demande pour le dollar, valeur refuge, a simultanément diminué. Le rapport PPI publié mardi n’a fait que compléter ce tableau fondamental.
La paire EUR/USD conserve un potentiel de hausse supplémentaire. Sur le graphique journalier, les acheteurs ont testé le niveau de résistance de 1,1800 (limite supérieure du nuage Kumo sur D1) et ont tenté de se consolider dans la zone des 1,18. Il est conseillé d’utiliser les corrections baissières comme opportunité pour ouvrir des positions longues, avec des objectifs à 1,1800 puis, ultérieurement, à 1,1850.